Le Quatre Heures

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Kihnu, île aux femmes

Elles s’appellent Helje, à l’accueil du minuscule aéroport, Eve, au guichet de l’étroit bureau de poste, Kerli, au milieu des troupeaux de vaches, Anne, garde-forestière. Couvertes de la tête au pied des habits colorés traditionnels, plus avenantes que les hommes d’apparence timides et renfrognés, les femmes occupent la quasi-totalité des postes de Kihnu, île estonienne de 500 et quelques habitants. Ce bout de terre comme hors du temps et de portée résonne pour le reste des Estoniens tel un territoire à part.

Pour y accéder en hiver, le ferry à quai l’été est remplacé par un petit coucou – huit passagers seulement. À travers le hublot, on aperçoit en contrebas la route de glace qui sépare Kihnu du continent, un no man’s land immaculé de treize kilomètres de mer transformés en bitume par la neige. L’ouverture de cette chaussée flottante, tracée à l’aide de petits sapins plantés à l’aveugle, est décidée chaque matin en fonction de l’épaisseur de la glace. L’interdiction d’y rouler n’empêche pourtant pas les insulaires de l’emprunter pour rejoindre le continent en vitesse. Une témérité qui a entraîné plusieurs drames par le passé, que la municipalité n’aimerait pas voir se réitérer. Les habitants sont tenus de ne pas verrouiller leurs portières et de ne pas attacher leur ceinture le temps de la traversée. Au cas où.

Ce confetti de 16 km2 posé au milieu de la mer Baltique est porté par une culture vibrante tellement unique qu’en 2008, l’Unesco l’a inscrite au patrimoine immatériel de l’humanité. Travail du tissu, chants et danses folkloriques, mode de vie traditionnel, dialecte local : des coutumes qui persistent grâce à l’acharnement des habitantes de Kihnu, gardiennes d’une culture qui fait leur fierté.

La pêche a éloigné les hommes partis en mer,
laissant aux femmes la gestion de l’île

Des femmes qui exercent des tâches habituellement réservées aux hommes comme le travail aux champs, Kihnu en a toujours vues. Longtemps, la pêche, principale ressource locale, a éloigné pendant des semaines ou des mois les hommes partis en mer, laissant aux femmes la gestion de l’île. S’ils sont aujourd’hui plus présents, ce sont toujours leurs mères, femmes et filles qui s’occupent aussi bien de l’éducation, de la culture et de la communauté. « Les femmes de Kihnu sont très curieuses et impliquées, se félicite Ingvar Saare, jeune maire de 26 ans et seul mâle aux affaires. Les hommes sont souvent absents et davantage en retrait. »

Maria travaille au Centre culturel de Kihnu.

Veronika, à l’accueil du musée de l’île.

Kerli, qui s’occupe d’un troupeau de vaches.

Helje à l’aéroport de Kihnu.

Hilma, institutrice.

Mare Mätas, qui dirige le Centre culturel.

Ella, assise sur son petit tabouret au coin du poêle à bois, est une de ces dames hautes en couleur qui incarnent l’âme de Kihnu. Sous ses mains un peu potelées, les fines aiguilles, agiles, s’animent à une vitesse folle. « Je ne peux plus lire mais heureusement, je peux encore tricoter », s’amuse la vieille femme. À 75 ans, elle est l’une des meilleures tisseuses de l’île. Dans un cahier à carreaux usé, au fil des pages, elle a griffonné ses motifs de couture préférés, des fleurs, des coccinelles. Des souvenirs aussi, des photographies. « Toute ma vie tient dans ce carnet. »

« Toutes les femmes de Kihnu doivent
savoir coudre et tisser »

Ce travail de la laine et du tissu, l’un des piliers de la culture de Kihnu, reste aux seules mains alertes des femmes. Sans exception. « Toutes les femmes de Kihnu doivent savoir coudre et tisser. » Elles brodent n’importe où, dès que l’occasion se présente : sur le ferry qui les emporte sur le continent, entre amies en soirée, en famille, à l’église parfois. On en voit même certaines dompter le tricot en marchant. « Tout ce que je porte sur moi, je l’ai tricoté », explique la grand-mère de sa petite voix et dans un grand sourire, son fichu blanc taché de fleurs sur la tête. Le tricot à la main pour les gants et les chaussettes ; le métier à tisser du 19ème siècle, qui remplit toute sa chambre, pour les jupes traditionnelles bariolées.



La maison d’Ella se situe à l’entrée de Linäküla, l’un des quatre petits bourgs de Kihnu. Sur les boîtes aux lettres, nul besoin d’étiquette : tout le monde se connaît. Au quotidien, les patronymes ont d’ailleurs disparu et c’est par le nom de sa maison accolé à son prénom que l’on se présente. Dans les jardins, d’intrigantes petites bosses protègent les trésors familiaux des intempéries. Dans ces abris de chaume semblables à des huttes de hobbits, on stocke pommes de terre, carottes, choux, navets. Un sauna jouxte chaque chaumière, élégante case de bois où les femmes se rendent le samedi, entre les tâches ménagères et la confection du pain et de la purée hebdomadaires.

Au bout de l’île, le rivage n’en est plus un

Autour des grappes de petites habitations colorées, le paysage est aveuglant : 30 centimètres de neige tapissent la totalité des champs, recouvrant jusqu’aux phares certaines voitures laissées un peu trop longtemps au repos. Seule la route de terre qui traverse le village entache d’un trait boueux la couverture blanche. Au bout de l’île, le rivage n’en est plus un. Là où l’écume vient d’ordinaire lécher les pierres mates et les touffes d’herbe, l’humble phare fait face à une fresque immaculée. La Baltique n’est plus qu’une banquise infinie qui se confond avec le ciel laiteux et le littoral neigeux. Une immensité de blanc, dénuée d’horizon.



L’agriculture vivrière, la construction de bateaux et la pêche ont permis à Kihnu de vivre en autarcie, malgré la tutelle soviétique jusqu’aux années 1980. Les plus âgés gardent en mémoire le travail à la ferme dans les kolkhozes ou à l’usine de poisson. Temps glorieux pour beaucoup, où la communauté se retrouvait dans les champs sans connaître le mot « chômage », mais période maudite pour les coutumes de l’île, dont le dialecte et les robes traditionnelles étaient bannis des bancs scolaires. Avec la chute de l’URSS, Kihnu, comme l’Estonie, a retrouvé son indépendance et sa culture.

Frise 2

À l’abri des regards, Kihnu fait parfois passer les us au-dessus des lois. Sur l’île, point de policier ni de gendarme. Nombreux sont les habitants qui, ayant appris à conduire sur les genoux de leurs aïeux, n’ont pas de permis à présenter aux autorités. Alors, lorsqu’un képi pointe à l’entrée de Kihnu, il ne trouve souvent que des routes désertées par des habitants s’étant vite passé le mot. Cet isolement, les gens d’ici l’affectionnent. Ils ont un temps envisagé de construire un pont jusqu’au continent, mais l’idée d’ouvrir un accès si facile à leur royaume a vite été écartée.
Fiers de leur écrin, la plupart des habitants n’imaginent pas vivre ailleurs. Parmi les légendes qui circulent de bouche à oreille, celle de jeunes hommes, en pleine guerre mondiale, qui prétextaient des maladies imaginaires – l’incontinence souvent – pour ne pas quitter leur front de mer et éviter de rejoindre celui de la guerre.

Dans les kolkhozes, pendant l’ère soviétique, femmes et enfants sèment, labourent, récoltent.

Les femmes tondent elles-mêmes les moutons pour confectionner leurs habits.

Les premiers registres de bateaux construits à Kihnu datent du 16e siècle.

Le phoque est chassé pour sa viande, sa peau que l’on tanne et sa graisse qui vernit les bateaux.

Pour choisir les chasseurs, les yeux les plus aiguisés participaient à un concours de tir à la lumière d’une bougie.

Les mariages à Kihnu se fêtent durant trois jours avec une série de rituels. (Photos : Kihnu Muuseum)

Il est une femme qui aurait maintes fois pu partir, mais n’a jamais voulu déserter son bout de terre chéri. Elle y a d’ailleurs construit une deuxième maison, « celle de ses rêves », pour y loger sa famille. On l’appelle Kihnu Virve, du nom de l’île qui l’a vue naître puis briller dans le reste du pays. Virve, 85 ans, est l’une des chanteuses les plus connues d’Estonie et le héraut de la culture de Kihnu sur le continent : son fichu rouge sur la tête, typique des femmes du coin, s’affiche sur les pochettes d’albums qui trustent les magasins de musique du pays.

Frise 3

L’an prochain, elle compte présenter sa candidature à l’Eurovision, pour exposer au monde entier ce havre qu’elle aime tant. Dans ses paroles, écrites depuis l’âge de 15 ans, elle raconte la beauté des rivages et le désespoir des femmes de marins. Populaire au point d’être parodiée par les humoristes du pays, Virve est un monument de la chanson estonienne, mais avant tout de l’île. À l’entrée de chez elle, un banc de bois sculpté porte une plaque à son nom. « On attend le printemps pour le mettre dans le village, raconte la vieille dame, dans sa robe tissée vert pâle qui détonne avec son jogging Adidas bleu pétard. J’espère que les petites filles s’assiéront dessus et penseront aux paroles de mes chansons, qui parlent de Kihnu. »




Virve Köster a créé les mélodies de toutes ses chansons de tête, une centaine au total.

Les paroles de sa première chanson reprennent les histoires de pêche que lui racontait sa grand-mère.

Grâce à « Mere Pidu », son titre le plus connu, elle a récolté récompenses et disques d’or.

« Il y a 15 ans, ma sœur voulait m’offrir un collier ou un harmonica. Je devais choisir. Mais l’or, à quoi cela m’aurait-il servi ? »

Son nouvel album tout juste sorti, la chanteuse embarque pour une tournée qui la mènera jusqu’en Norvège.

Sa petite fille, Raina, lui sert de manager et l’accompagne sur scène lors de ses tournées.


Mais derrière le décor de carte postale, immaculé l’hiver, verdoyant l’été, la crise frappe aussi Kihnu, à sa manière. « Pêcheur et agriculteur sont des métiers en voie de disparition, s’inquiète Ingvar Saare, le jeune édile de l’île vieillissante qui compte beaucoup de retraités. Le revenu moyen ici est de 400 à 500 euros par mois, contre 800 en moyenne en Estonie. » Baisse d’activité, régulation et mécanisation de la pêche, autant de changements qui ont poussé l’île à s’adapter pour survivre. De nombreux marins ont dû troquer leur béret de matelot pour un bleu de travail sur le continent, voire plus loin.

Frise 4

« Beaucoup de familles ont dû suivre le mari parti travailler en Finlande, en Suède ou en Allemagne, constate Ingvar. Il y a beaucoup moins de travail ici. » Sans compter les jeunes qui quittent le nid familial pour étudier à Tallinn, la capitale estonienne, et ne reviennent que sporadiquement, pour les vacances ou les mariages traditionnels. « De tous mes amis, nous ne sommes que trois ou quatre à être revenus, souligne-t-il. Il y a 100 ans, on comptait 1 200 habitants, deux fois plus qu’aujourd’hui. »

Pour les hommes qui ont décidé de rester, la pêche s’impose sans presque aucune alternative. Tous espèrent voir leurs filets bien remplis durant les beaux jours, car à l’arrivée de l’hiver, la Baltique gèle et les revenus fondent.

L’insularité de Kihnu présente inévitablement des contraintes dans la vie quotidienne de ses habitants, contraintes qui peuvent décourager des jeunes regardant le reste du monde par la fenêtre de leur ordinateur. « Il n’y a pas de distributeur automatique ici, cite en exemple l’élu de 26 ans. Pour aller retirer de l’argent, il faut prendre le ferry, mais comme il n’y en a qu’un très tôt le matin et qu’il rentre le soir, ça prend douze heures pour aller faire une simple course. » Pour garder ses jeunes, la mairie investit dans de nouvelles infrastructures grâce aux subventions nationales. Dans son bureau propret, sous le regard du président estonien encadré au mur, Ingvar les liste : une école, un musée, une bibliothèque, un gymnase, ainsi qu’un ambulancier et un pompier réservistes.

Entrée de la route

En hiver, quand la mer gèle, les habitants peuvent emprunter une route tracée sur la glace : ouverte toute la journée, elle facilite les trajets des insulaires jusqu’au continent. Dès que la température radoucit, la route est fermée par les autorités mais certains continuent de s’y aventurer... à leur péril.

L’aéroport

Dans le petit aéroport, seul un avion fait la liaison entre Kihnu et le continent, plusieurs jours par semaine selon la saison, matin et soir.

Le magasin

Jusqu’à maintenant, l’île comptait trois petits magasins, des épiceries familiales. Mais l’une d’elles va devenir une auberge, pour accueillir les touristes l’été.

L’école

Dans l’école toute neuve, une quarantaine d’élèves de primaire suivent des cours, où tous les professeurs sont des femmes.

L’église

L’église ne voit venir un prêtre qu’une fois par mois. La religion orthodoxe domine à Kihnu, contrairement au reste de l’Estonie, luthérienne. Les grandes fêtes religieuses, comme la Fête des bougies, revêtent une grande importance et se préparent longtemps à l’avance.

Le phare

Au bout de l’île, tout au sud, le phare de Kihnu guide encore les marins. Une station météo et une petite caméra surveillent aussi la côte, pour vérifier qu'aucun pêcheur ne chasse le phoque ou ne se noie.

Le chômage n’est pas la seule menace qui pèse sur l’île. Les habitants de Kihnu se battent avec ardeur pour préserver leur culture. Chaque jour, depuis son bureau à la tapisserie fleurie, Mare Mätas joue les lobbyistes. Cheffe du Centre culturel, l’instance la plus puissante de Kihnu, cette femme de marin mère de quatre enfants a dédié sa vie à la sauvegarde des coutumes locales. Au-dessus de son bureau, où s’amoncellent les dossiers, le Graal : le diplôme de l’Unesco. Cette reconnaissance a permis à l’île de recevoir de nombreuses aides, notamment de l’Union européenne. Au point qu’un portrait tout en couleurs du très méconnu président du Conseil européen Herman Van Rompuy, accompagné du drapeau bleu aux douze étoiles, orne fièrement une des maisonnettes du village, au beau milieu des sapins. Mais pour Mare Mätas, la lutte n’est pas finie : « Beaucoup de lois absurdes mettent en péril notre style de vie traditionnel, explique posément la militante au regard bleu de glace. L’interdiction de la chasse au phoque est un vrai problème pour Kihnu car la pêche est le seul moyen de survie pour les hommes. »

L’île attire jusqu’à 15 000 touristes chaque été

Un autre enjeu mobilise les femmes drapées de rouge de Kihnu : ne pas laisser l’afflux de touristes dénaturer leur joyau. Connue en Estonie comme une mini-station balnéaire et champêtre, l’île attire jusqu’à 15 000 touristes chaque été. « Jusqu’au Japon ! », s’amuse Maria, une jolie professeur de violon de 26 ans qui travaille également au Centre culturel. « En juin, il y a une fête traditionnelle où tous les villageois se retrouvent autour d’un feu. Mais depuis quelques années, il y a tellement de touristes que l’on n’y voit plus de locaux. Je n’y vais même plus », déplore-t-elle. Le rivage tranquille et chatoyant bordé de roseaux mais exempt de policier et de contrôle d’alcoolémie est une aubaine pour les visiteurs en quête de sensations, qui font de Kihnu un springbreak à l’estonienne. « Ils roulent à toute vitesse et boivent beaucoup, raconte Maria. Surtout les jeunes. » Ce défilé de touristes donne parfois aux villageois le sentiment d’être assaillis de paparazzis, rompant leur tranquillité routinière. « Certains demandent à ma grand-mère de prendre des photos avec elle. Parfois elle accepte mais le plus souvent, elle préfère s’enfermer chez elle, au calme. »



Poli ci et là par des flaques d’eau gelée, le chemin qui mène à la maison jaune de la jeune violoniste est quelque peu glissant. Ses bottes en fourrure ne l’empêcheront pas d’esquisser quelques pas de danse involontaires sur les minuscules patinoires translucides. Maria, visage rond et chignon blond platine, a elle aussi déserté son caillou natal pour partir à l’université. Mais elle fait partie des quelques-uns ayant choisi de revenir. Après ses études, dont un an d’Erasmus à Montpellier, cette diplômée d’anthropologie est retournée habiter chez sa grand-mère, pour terminer sa thèse sur… Kihnu.

« On est riche en quelque sorte,
même si on n’a pas grand chose
 »

Visage maquillé, piercing et tatouage discrets, Maria a l’allure d’une jeune Européenne moderne. Elle est même trilingue. La veille, le gel de la Baltique lui a permis de traverser avec son break Volvo pour aller faire la fête sur le continent avec des copines. « J’aime habiter en ville, où il y a beaucoup de choses à faire. Mais je me sens mieux ici », confie la jeune femme attablée dans son salon, un œil sur son profil Facebook. Dans son disque dur externe dernier cri, les tubes d’Eminem côtoient la folk de Kihnu Poisid, un groupe local. « Je me sens utile ici, continue-t-elle. Et puis c’est le meilleur endroit pour vivre avec sa famille. On cultive des légumes, on a des animaux, on fait du pain maison, de la bière, des confitures. On est riche en quelque sorte, même si on n’a pas grand chose. »

Frise 1

La richesse de son peuple, Maria la porte sur sa peau. Elle aussi endosse, de façon régulière, le fichu et la robe bigarrés des femmes du coin. Ce tissu rayé, identifiable dans tout le pays, se retrouve partout dans sa maison : au mur, cousu pour faire un vide-poches, sur la table, tel un napperon, au sol, en tapis, sur le lit, comme couverture. Et quand un coup de téléphone familial vient lui apprendre une mauvaise nouvelle, son premier réflexe est vestimentaire. « Excusez-moi, je dois aller me changer et mettre une robe bleue. » La couleur du malheur.

S’assurer que l’héritage de sa terre
ne s’arrête pas là

Tout en perpétuant les traditions, Maria s’active à dynamiser son île. « Ici, nous allons construire un café pour discuter et écouter des chants traditionnels, s’enthousiasme-t-elle devant l’entrée d’une grande bicoque en travaux d’un vert élimé.  Il y aura aussi une maison typique, que les touristes pourront visiter en sirotant une bière rouge, aux baies, faite maison. » Le lancement d’un camp de vacances culturel, la création d’une école entièrement dédiée au folklore local, la réouverture du phare aux visiteurs : la jeune ambassadrice de Kihnu a crânement repris le flambeau des anciens pour s’assurer que l’héritage de sa terre ne s’arrête pas là. Elle le transmet elle-même chaque semaine, entre les murs ornés de tissu de la petite école, aux enfants de l’île, lors de ses cours de musique.

Dans son salon, un coffre vide rappelle que Maria n’a pas encore trouvé de mari. « Si je veux me marier, il faut que je couse des accessoires traditionnels pour la famille du mari, et que je les mette là-dedans », explique-t-elle. Une relique qui se transmet de génération en génération et se garde comme un trésor. C’est Mamma qui lui a offert, sa grand-mère veuve avec qui elle vit, à quelques mètres de la maison de sa tante, seule elle aussi. Deux femmes qui lui ont tout appris : la couture, les danses et les chants, mais surtout le dialecte. Quand on leur demande si elles n’auraient pas besoin d’un homme à la maison, elles esquissent un large sourire et échangent un regard complice : « Un homme ? Pour quoi faire ? »

Les Auteurs

Estelle Faure
BioEstelleOriginaire d’une petite vallée des Hautes-Alpes, Estelle ne craint pas le froid. Diplômée de Sciences-Po Grenoble et du CFJ, elle a multiplié les stages dans les rédactions de journaux et de sites web (Le Parisien, Rue89, La Croix…). Intéressée par les questions sociales, elle a publié plusieurs reportages et enquêtes sur la pauvreté et l’exclusion. Elle travaille aujourd’hui à Mon Quotidien, un journal pour enfants. Passionnée par les outils du web et active sur les réseaux sociaux, elle prépare actuellement un projet de site Internet pour les adolescents.

Romain Jeanticou
RNatif de la Côte basque, Romain est plus habitué à la chaleur des plages. Bilingue, il a étudié un an au Royaume-Uni et effectué des stages à l’AFP à Washington et au bureau de CNN à Paris. Passionné par les États-Unis, le punk et les milieux alternatifs, il est aussi co-auteur du webdocumentaire Le Mystère de Grimouville, primé au FIGRA 2013. Après un passage au Monde, Romain travaille tout l’été pour France Télévisions à Ajaccio et vient de remporter le prix de l’Innovation en journalisme du Parisien, dont il rejoindra la rédaction à la rentrée.

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